Un lieu chargé d'histoire

Petite histoire de La Cazotte

    C'est probablement entre les XIe et XIIe siècles, dans le temps de regroupement des populations, que fut créé un castrum à La Cazotte, un bourg fortifié, avec une résidence aristocratique souvent appelé rocca dans notre région. C'était, dans l'ambiance peu sûre d'une aristocratie turbulente, un lieu de refuge, un centre administratif avec une église, ainsi qu'un moyen pour l'aristocratie d'avoir de nouveaux revenus.

    Les premiers seigneurs de La Cazotte et de bien d'autres lieux voisins furent peut-être les comtes de Toulouse. Au XIVe et jusqu'au milieu du XVIe siècle, les Bringuier sont seigneurs de La Cazotte, puis les de Ribier et, à la veille de la Révolution les de Bourzès. La maison seigneuriale fut occupée par un capitaine protestant en 1569, durant les guerres de religion. Le seigneur Dordé de Ribier était le beau-frère du seigneur de Las Ribes, l'un des plus redoutables chefs calvinistes pendant les guerres civiles du XVIe siècle.

   Le bâtiment occupé par une école jusqu'aux années 70, positionné dans la partie la plus élevée du castrum, porte les signes les plus anciens de la résidence seigneuriale, en ayant conservé une bonne partie de l'aspect du XVe siècle, avec des traces antérieures.

La fin du XVIIIe siècle vit des réaménagements importants de la bâtisse, notamment la réalisation de cheminées en stuc, typiques de la région. Pillé durant la Terreur, le bâtiment fut vendu comme bien national, et enfin affecté comme presbytère au début du XXe siècle.

Quelques ouvrages  qui nous ont servi de base pour étoffer cette section:

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Extraits de La Motte Rouge, de Maurice Genevoix

Ils virent alors, dressée sur une butte de terre pourpre, sur un chaos de roches d'un rouge presque aussi ardent, une bâtisse aux murs fauves, sans autres jours que d'étroites meurtrières, farouche et close, deux tours carrées prises dans sa masse, une tour ronde la flanquant sur un angle. (...)

Ils étaient presque au fond de la vallée. La rumeur fraîche du Tarn, brisant ses eaux contre les rocs, s'élevait plus haute, plus continue. Les premières feuilles des peupliers, en plein ciel bleu, faisaient des taches d'or translucides. (...)

 

Du fond de la vallée où ils cheminaient à présent, derrière un coude brusque du Tarn, ils découvraient un escarpement sauvage, un hérissement de roches aiguës, dentelées, entremêlées de fourrés, de broussailles; et tout en haut, détachés sur le ciel, de grands murs de couvent, quelques toits, la flèche d'une église, et le faîte d'une grosse tour carrée, un peu plus loin.

(chapitre 1)

Le Martoret, comme maintes cités de la province, (...) se montait fort jaloux  de ses franchises et de ses libertés communales. Le seul château des environs était précisément la Motte Rouge, à peu près abandonné, (...). Dans la montagne ce n'étaient que méchants castels, nids de petits barons fainéants, besogneux, que les troubles présents du royaume énervaient comme taons avant l'orage. Mais  la muraille de la ville était bonne, fermement appuyée aux Raspes du côté de la rivière, le fossé d'enceinte large et profond, les deux portes solidement défendues avec leur pont, leurs chaînes, leur lourd clédis de fer qui jouait bien dans ses rainures. 

(chapitre 2)

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Ayssènes - Roc Saint Jean

vue sur le Tarn

sentier reliant  Costrix à Brengues par les bois

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village de Saint-Victor - photo Tourisme Aveyron

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Auriac - Saint-Rome-de-Tarn

Autres (période des guerres de religion)

"Sanglar est le surnom du capitaine Talaissac, adepte des volte-face de circonstance, dont les méfaits au cours de l'année 1562 inspirent la plume de Genevoix. Celui-ci en rédige, dans un premier temps, un scénario complet dont le décor s'inspire des Raspes de la vallée du Tarn, d'Ayssènes et de Saint-Victor."

(Aurélie Luneau et Jacques Tassin, 2019, Genevoix, éd. Flammarion)

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(photo Tourisme Muse et Raspes du Tarn)

Titre 1

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restitution du château d'Ayssènes - Tourisme Muse et Raspes du Tarn

"Le 18 octobre 1586, l'armée royale était devant Ayssènes. On comprend combien il dut être pénible de traîner les canons et les bagages dans notre vieille "carral".

A cette époque plus qu'aujourd'hui Ayssènes était un pauvre petit village aux maisons donnant presque toutes sur la rue qui le traverse d'un bout à l'autre. Il était entouré de murailles qui le mettaient à l'abri des voleurs mais non d'une bande d'ennemis. (...)

Aux deux bouts de la rue il y avait un portail et deux ou trois poternes transversales permettaient de circuler en-dehors sous les murailles. (...)

Le château, au contraire, dressé sur son roc, avec ses épaisses murailles, ses tours et ses mâchicoulis, était un fort difficile à aborder.(...)

A l'approche de l'ennemi, tous les habitants du village se réfugièrent dans le fort.(...) Le village fut vite occupé et le siège du château (défendu par le capitaine Simon, envoyé par Châtillon de Coligny*) commença.

Pendant cinq jours le canon battit le Roc de Saint Jean. (...)

Le 8 novembre, le duc de Joyeuse prend Le Truel et Les Ribes. Il n'eut pas à faire de grands efforts. Le Truel ne dut pas se défendre faute de garnison et Les Ribes ne devait être occupé que par quelques domestiques avec une demi-douzaine de soldats. Le château des Ribes fut démantelé et celui du Truel à moitié ruiné et le village brûlé. (...)

L'armée royale suivit le Tarn, elle prit le même jour que Le Truel et Les Ribes le château et le village de Broquiès, puis elle se dirigea sur Réquista qu'elle prit et incendia, et enfin elle quitta le Rouergue en nous laissant la peste. (...)"

(monographie de P.-D. Hèbles, non publiée, Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron)

*"François de Coligny, comte  de Coligny, seigneur de Châtillon-sur-Loing, amiral de Guyenne, colonel de l'infanterie française, gouverneur de Rouergue et de Montpellier, né le 28 avril 1557. Se réfugia à Genève puis à Bale après la mort de son père. Etant de retour en Languedoc, il se joignit au mouvement des Malcontents en 1575, fit lever le siège de Montpellier au maréchal de Bellegarde en 1577, et fut pourvu du gouvernement de Montpellier et du gouvernement du Rouergue en 1586 (par Henri de Navarre, futur Henri IV)." (Le grand dictionnaire historique: mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Louis Moreri et Pierre Bayle, 1674)

L'armée royale, menée contre les protestants par le duc Anne de Joyeuse, passa certainement aussi au château de La Cazotte (on peut encore voir sur la façade des traces d'impacts de tirs d'arquebuses) et à celui de Perayrols dont il ne reste plus trace à ce jour.

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Anne de Joyeuse, né à Couiza (Aude) en 1560, amiral de France, favori du roi Henri III auprès de qui il sollicite et obtient le commandement de l'armée en Gévaudan où il remporte quelques avantages contre les protestants et se montre particulièrement cruel envers les vaincus. Il passe en 1587 à l'armée de Guyenne, et meurt à la bataille de Coutras, en Gironde, le 20 octobre de la même année.

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gravure collée coloriée, 1591 Mémoires de Jean Burel. Journal d'un bourgeois du Puy à l'époque des guerres de religion, Saint Vidal, Centre d'étude de la vallée de la Borne, 1983

Autres (18e et 19e siècles)

Famille De Bourzès

Jean-Pierre de Bourzès, seigneur de La Cazotte, fut lieutenant au Régiment de la Marche, et décoré de l'ordre de Saint-Louis en 1773. Retiré à Millau quelques années avant la Révolution, il prit part en 1789 aux assemblées de la noblesse tenues à Rodez. Monarchiste, il fut arrêté et mourut en 1793 dans les prisons de la Terreur.

Son fils Charles Henri Pierre de Bourzès émigra en 1791 pour rejoindre l'armée des Princes et fit la campagne de 1792, servit dans l'infanterie noble de l'armée de Condé, rentra en France en 1803 et mourut en 1805.

Histoire et  légendes

Dieudonné de Gozon

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Dieudonné de Gozon, grand maître de l'Ordre de Malte en 1346 né au château de Gozon, tua avec l'aide de ses deux dogues un terrible dragon qui terrorisait l'île de Rhodes. On trouva dans la tête de ce dragon une pierre de la grosseur d'une olive, d'un éclat très brillant et de diverses couleurs,  qui avait des vertus singulières contre toutes sortes de venins et qui avait la particularité de faire bouillir les liqueurs dans lesquelles on la plongeait. Elle fut conservée au château de Gozon, pris et saccagé sous Henri III pendant les guerres de religion (par l'armée du duc de Joyeuse?). Cette pierre fut trouvée par un soldat qui la remit entre les mains d'Henri IV alors roi de Navarre.

D'après une tradition bien établie, Déodat de Rostang, damoiseau de La Cazotte, était le fils ou le petit-fils de l'écuyer qui, dans le fameux combat de Dieudonné de Gozon contre le monstre de l'île de Rhodes, dégagea cet intrépide chevalier au moment où le monstre qu'il venait d'exterminer, l'entraînant dans sa chute, était sur le point de l'écraser.

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Ruines du château de Gozon

Le Roc du Cavalier (Ayssènes)

Dans l'ouvrage collectif "A travers Causses e Raspas" (Légendes et récits de la Vallée du Tarn) paru en 1983 dans la collection du Grelh roergas en édition bilingue occitan/français sous la direction de Gaston Boulouis, l'abbé Pierrre Damien Hèbles conte la légende du Roc du Cavalier:

Un soir, le courrier qui porte les correspondances d'Ayssènes à Melvieu et vice-versa vint me trouver tout bouleversé: "Monsieur, me dit-il, depuis deux ou trois jours, le matin et le soir, quand je passe au Mas-de-Benou, au confluent du Tarn et du Vernobre, j'entends des cris d'un homme qui semblent sortir du gouffre. On dirait des cris de désespéré. Cela me fait frissonner. Je ne suis pas poltron, comme vous savez; mais ces cris m'épouvantent. Qu'en pensez-vous?

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vieux pont du Mas-de-Bénou

Qu'est-ce? Si je leur réponds, ils se taisent. Si c'était un homme en danger, il crierait plus fort pour appeler au secours..."

"N'ayez pas peur, lui dis-je; c'est le cavalier qui, du fond du gouffre, maudit les bandits qui ont enlevé et fait souffrir sa chère Aude."

(...)

C'était au temps de la guerre des Albigeois. Ayssène appartenait par moitié à Déodat de Sévérac, Albigeois forcené qui ravageait sans vergogne tout le pays aux alentours de ses châteaux. Il allait jusque dans le Gévaudan piller et massacrer les paysans coupables de ne pas suivre sa secte.

Il vint un jour à Ayssène avec sa bande de ribauds et s'empara du village. Mais le château-fort, dressé sur le Roc de Saint-Jean ne voulut pas se rendre. (...) Sévérac se mit à assiéger le château.

Le capitaine avait une fille nommée Aude, belle et vertueuse, ornée de toutes les qualités qui font une demoiselle parfaite. (...)

Tous les jeunes chevaliers des environs aspiraient à sa main. Mais elle choisit le fils du seigneur des Ribes, Arnault, jeune seigneur plein d'honneur et de vertus. Le mariage devait avoir lieu le mois suivant. Il fallait attendre le retour de messire Jean de Salluste, père du fiancé, qui guerroyait près de Carcassonne contre les mécréants, sous les drapeaux de Simon de Montfort.

Le château d'Ayssène fut attaqué avec une rage diabolique par Sévérac; et les défenseurs virent bien vite qu'ils ne pourraient pas résister longtemps.

Aude appelle son serviteur Jérôme: "Va aux Ribes, lui dit-elle, et tu diras au preux Arnault que Aude est en danger. (...)"

(...) Vite mon cheval et mes armures. O Dieu, garde la vertueuse Aude et permets que de ces ribauds il n'en reste pas un seul! Que l'enfer s'ouvre sous leurs pieds et les engloutisse tous!"

(...) "Aude!" crie le vaillant chevalier et, fou de douleur, il pique son cheval des deux. Sous le coup de l'éperon,  la pauvre bête se cabre; mais, dans son affolement, elle fait un faux-pas, roule à travers les rochers à pic, et va avec son cavalier s'effondrer dans le Tarn. (...)

 


 

On n'a jamais retrouvé le corps du brave Arnault. Il est toujours dans la rivière à l'endroit où il est tombé. Depuis lors, chaque cinq ans, pendant plusieurs jours, le matin à l'aurore et le soir à la tombée de la nuit, on entend sa voix répétée par l'écho de la montagne. Elle crie vengeance au ciel et pleure sur le sort de la belle Aude.

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Le Roc du Cavalier depuis le Mas-de-Bénou

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Le Tarn, vue sur le pont de Verdalle (Ayssènes)

depuis ND du Désert